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Changement climatique et forêts de chêne

Nous allons chercher nos bois environ 250 km plus au nord que ne le faisait la génération précédente. C'est le fait qui ouvre cette réflexion, laquelle porte sur la ressource plutôt que sur nos produits.
10 mars 2026 par
Changement climatique et forêts de chêne
Stéphane Radoux

Changement climatique et forêts de chêne

Nous allons chercher nos bois environ 250 km plus au nord que ne le faisait la génération précédente. C'est le fait qui ouvre cette réflexion, laquelle porte sur la ressource plutôt que sur nos produits.

Ce que disent les chiffres

Nous ne sommes ni forestiers ni climatologues. Nous citons donc ceux qui mesurent. L'Inventaire forestier national de l'IGN retient, pour la période 2015-2023, une mortalité moyenne de 16,7 millions de mètres cubes par an, contre 7,4 millions sur 2005-2013. Les arbres morts représentent désormais 5 % du volume de bois sur pied.

Sur la même période, la production biologique, c'est-à-dire ce que la forêt produit chaque année, recule de 4 %, à 87,8 millions de mètres cubes par an contre 91,5 auparavant. Entre 2021 et 2024, 8 % des 2,3 milliards d'arbres évalués présentent des symptômes d'altération, et le chêne pédonculé se situe à 10 %. Le puits de carbone forestier est évalué à 39 millions de tonnes de CO₂ par an, contre 63 sur la période précédente.

Ces données ne sont pas les nôtres, mais il faut bien en prendre conscience. Nous les rapportons parce qu'elles recoupent ce que nous observons à l'achat.

Ce que nous observons

Trois facteurs reviennent régulièrement dans les échanges avec les forestiers avec qui nous travaillons. Le stress hydrique, lorsque l'arbre manque d'eau une saison puis une autre, sans rattraper le retard. Le stress thermique, avec des étés plus chauds et des hivers dont le froid ne suffit plus toujours au cycle de dormance. Et la fatigue progressive, celle d'un arbre qui encaisse plusieurs années difficiles à la suite et qui finit par ne plus repartir. Un chêne meurt rarement d'un accident : il s'épuise, et un arbre épuisé résiste moins bien aux agressions, maladies et parasites.

Ce que nous ne savons pas dire, c'est ce que cela donnera dans le verre. Un arbre qui pousse sous contrainte ne forme pas ses cernes de la même façon, et beaucoup en déduisent aussitôt un bois plus dense, des tanins différents, donc un autre goût. Cet enchaînement est plus incertain qu'il n'y paraît : chez le chêne, la largeur des cernes ne suffit pas à prédire ce que le bois libérera une fois chauffé. Pour un seul de nos profils, il nous faut plusieurs années de dégustations avant de pouvoir écrire ce qu'il apporte. Si la matière première évolue, nous le verrons d'abord à la chauffe, et nous préférons le mesurer avant d'en parler.

Le déplacement a une limite

Remonter vers le nord fonctionne aujourd'hui parce qu'il y a là-haut des chênes déjà mûrs, plantés par d'autres avant nous. Mais la zone favorable continue de se déplacer, et elle se déplace vers des endroits où le chêne de tonnellerie n'a pas encore poussé. Un merrain ne s'improvise pas : l'ONF demande aux forestiers de conduire ces peuplements en maintenant une largeur de cerne inférieure à 2,5 millimètres, ce qui suppose une croissance lente et accompagnée pendant très longtemps. À Tronçais, 40 hectares sont renouvelés chaque année sur 10 500, soit un cycle de plus de deux siècles. Nous pouvons déplacer nos achats en une génération. La forêt, elle, ne suit pas à ce rythme, et c'est la raison pour laquelle nous parlons d'économiser la matière plutôt que d'aller simplement la chercher ailleurs.

Ce sur quoi nous avons prise

Nous ne ferons pas repousser les forêts. Nous décidons en revanche de ce que devient chaque grume qui entre chez nous, et c'est le seul levier qui nous appartienne vraiment.

Sur un chêne de qualité, 20 à 25 % du bois seulement partent en merranderie. Le Syndicat des Mérandiers de France donnait pour 2018 les ordres de grandeur suivants : 500 000 mètres cubes de chêne achetés, 341 636 transformés, 62 244 mètres cubes de merrain produits, soit environ un cinquième. Le reste est classé en bois d'industrie ou en bois énergie.

Vient ensuite la barrique. Elle reste un objet formidable, elle a fait notre histoire familiale, et il ne s'agit pas de la remplacer. La question est plutôt de savoir si tous les vins en ont besoin. Une barrique libère environ 60 % de son capital œnologique la première année. Faites le calcul : quel est son potentiel au bout de trois ans ? Allez voir notre outil, vous serez surpris : diagnostic de barrique. La technicité a par ailleurs suffisamment progressé pour que l'on réalise, dans certains cas, des choses exceptionnelles avec des douelles ou des tanins. À quantité de chêne égale, la matière y travaille plus complètement, et une partie du bois qui n'aurait pas eu le calibre d'une douelle de barrique y trouve un usage œnologique.

Nous n'écrirons pas que le bois alternatif préserve la forêt : ce serait aller au-delà de ce que nous pouvons établir. Nous dirons seulement que, sur une ressource qui se raréfie, économiser ce qui a déjà été coupé nous paraît une exigence raisonnable, et qu'elle est à notre portée.

Ce que cela change pour vous

Ce qui change du côté de la forêtCe que cela implique dans votre chai
La ressource se raréfie et la zone de récolte remonte vers le nordLa tension sur le merrain n'a rien de conjoncturel, elle tient à la forêt elle-même. Nous ne prévoyons pas de retour à l'abondance d'il y a vingt ans, et nous vous le dirons si nous nous trompons.
Un cinquième seulement du chêne acheté devient du merrainCe que vous mettez en cuve est prélevé sur cette part-là. Un essai sur quelques litres coûte toujours moins cher qu'une cuve à rattraper.
Une barrique libère environ 60 % de son capital œnologique la première annéeSur un fût de deuxième ou de troisième vin, un insert redonne du boisé sans qu'il faille racheter une barrique neuve.

Notre engagement

De tous les formats que nous fabriquons, ce sont les tanins qui tirent le meilleur parti de la matière : à quantité de chêne donnée, l'extraction y est la plus complète. C'est à ce titre que nous les privilégions. Cet avantage ne tient toutefois que si leur mode de production est lui-même sobre en carbone. Une extraction gourmande en énergie annulerait ce qu'elle fait gagner sur la ressource, et c'est un point sur lequel nous nous jugeons d'abord nous-mêmes.

Le second engagement porte sur la dose. Un boisage excessif, c'est du chêne dépensé sans bénéfice et un vin déséquilibré : les deux vont généralement ensemble. Nos outils d'aide à la décision, le simulateur AMEDEE Laben tête, servent à chercher la qualité juste plutôt que la quantité maximale. Ils proposent, ils ne tranchent pas. Si un de nos repères ne se vérifie pas chez vous, écrivez-nous : nous préférons corriger un chiffre que le défendre.

Sources : Inventaire forestier national, IGN, résultats 2025 ; Office national des forêts, futaie régulière de chêne et forêt de Tronçais ; Syndicat des Mérandiers de France, chiffres 2018 cités par la Revue forestière française.

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