Il n'existe aucun tableau de doses qui résiste au contact d'un millésime réel ; ce qui suit est donc la façon dont nous aborderions la question, plutôt qu'une règle.
Nous vous suggérerions de construire un seul budget pour le vin plutôt que de doser paramètre par paramètre. Partez du point où le vin doit arriver, retranchez ce que la vendange semble susceptible de donner d'elle-même, et considérez la différence comme le total. Tout y puise : l'ajout à l'encuvage, tout ce qui se fait pendant la macération, l'ajout de finition, et ce que le bois apporte en barrique ou sur douelles. Ce que nous avons le plus souvent vu mal tourner, ce sont trois décisions parfaitement raisonnables prises séparément, qui s'additionnent en un vin que personne n'avait voulu.
Les quatre chiffres aident à estimer ce que la vendange donne, et ce qu'il reste à ajouter. Les valeurs ci-dessous sont des points de départ, à ajuster avec votre propre œnologue plutôt qu'à appliquer telles quelles.
Rouges, à l'encuvage
| Situation |
Produit |
Dose indicative |
| Vendange saine, potentiel en anthocyanes modéré |
VBX |
10 à 20 g/hL (0,8 à 1,7 lb/1 000 gal) |
| Potentiel en anthocyanes élevé, Cabernet ou Petit Verdot dans une bonne année |
VBX |
25 à 30 g/hL (2,1 à 2,5 lb/1 000 gal) |
| Potentiel en anthocyanes faible, Pinot, Grenache, millésime chaud, jeunes vignes |
VBX |
15 à 25 g/hL (1,3 à 2,1 lb/1 000 gal) |
| Vendange botrytisée ou abîmée, la laccase est la cible |
VBX |
jusqu'à 50 g/hL (4,2 lb/1 000 gal) |
| Vendange mûre, structure également recherchée |
EBX 810 |
10 à 20 g/hL (0,8 à 1,7 lb/1 000 gal) |
| Au-dessus de 25 degrés Brix |
VBX seul |
20 à 30 g/hL (1,7 à 2,5 lb/1 000 gal), laissez le 810 de côté |
| Vendange verte |
rien à l'encuvage en dehors du VBX |
gardez le budget pour la finition |
Blancs et rosés, sur le jus au pressurage
| Situation |
Produit |
Dose indicative |
| Jus sain, protection standard |
Anti-Ox |
5 à 10 g/hL (0,4 à 0,8 lb/1 000 gal) |
| Cépages à thiols, Sauvignon Blanc |
Anti-Ox |
8 à 12 g/hL (0,7 à 1,0 lb/1 000 gal), sur le jus, avant le débourbage |
| Jus botrytisé ou déjà en cours d'oxydation |
Anti-Ox |
15 à 20 g/hL (1,3 à 1,7 lb/1 000 gal) |
| Rosé |
Anti-Ox |
5 à 10 g/hL (0,4 à 0,8 lb/1 000 gal), puis contrôlez la nuance |
Une remarque sur les raisons pour lesquelles ces chiffres sur jus paraissent élevés comparés aux 0,5 g/hL (5 ppm) à partir desquels un tanin commence à se voir dans la couleur d'un blanc fini. Ce ne sont pas les mêmes moments. Le tanin ajouté sur jus est largement consommé : il réagit avec les produits d'oxydation, fixe les protéines et part avec les bourbes au débourbage. Très peu en atteint la bouteille. Le plafond de 0,5 g/hL s'applique à un ajout réalisé sur vin fini, où rien ne l'élimine.
Ajouts de finition, toutes couleurs
| Situation |
Dose indicative |
| Rouges, milieu de bouche et structure |
Pure Grape Seed 2 à 5 g/hL (0,17 à 0,42 lb/1 000 gal) |
| Rouges, saveurs et profil |
couleurs primaires, 1 à 10 g/hL (0,08 à 0,84 lb/1 000 gal) après essai de laboratoire |
| Blancs et rosés |
0,1 à 0,3 g/hL (1 à 3 ppm), jamais au-dessus de 0,5 g/hL (5 ppm) |
L'azote assimilable se situe en dehors de tout cela. C'est une question de nutrition, et rien dans notre gamme ne remplace l'azote.
Et une chose qu'il vaut la peine de vérifier avant tout le reste : comptez le bois. Un vin qui part en barrique ou sur douelles puise déjà dans le budget, et d'après notre expérience cet apport est soit ignoré, soit mal estimé. Trois étapes :
Un, écrivez le plan de contenants tel qu'il est réellement, et non sous forme de pourcentage de bois neuf. Combien de barriques, de quel âge, sur quelle part du volume. Combien de douelles par hL (ou par 1 000 gal) et de quelle épaisseur. Combien de g/hL de copeaux.
Deux, convertissez chacun de ces éléments en ce qu'il délivre encore réellement. L'âge compte ici davantage que le nombre. À raison d'environ 60 % de perte de capital œnologique par an, une barrique neuve délivre l'intégralité de son apport ellagique, une barrique de deuxième vin une fraction de celui-ci, et une barrique de troisième vin très peu de chose. Ainsi, un vin décrit comme 30 % de bois neuf, le reste en troisième et quatrième vin, reçoit près de 30 % de la chimie d'une seule barrique, et non un large apport de bois réparti sur tout le volume. Notre outil d'aide à la décision fait ce calcul sur votre propre parc, barrique par barrique et année par année.
Trois, lisez l'équivalence dans l'autre sens. L'outil d'aide à la décision par goutte donne, pour une cible donnée, la dose dans chaque format côte à côte : tanin liquide en mL/hL, poudre en g/hL, copeaux en g/hL, et douelles en unités par hL, pour le 7 mm (0,28 in) comme pour le 18 mm (0,7 in). Lisez ce tableau à l'envers et un programme de douelles ou de copeaux se convertit directement en son équivalent tanin, qui est le chiffre à retrancher du budget.
Ce qu'il reste après cette soustraction est ce qu'un ajout de tanin doit couvrir. C'est en général moins que prévu sur un parc de barriques jeune, et sensiblement plus sur un parc ancien.
La science derrière
Pourquoi le budget n'est pas une simple somme. Ce qui entre à l'encuvage est en grande partie consommé : oxydé, lié aux protéines, précipité pendant la fermentation. Ce qui entre à la finition est en grande partie perçu. Les deux ne s'additionnent pas au sens sensoriel, et les traiter comme un seul cumul tend à produire l'inverse de ce qui était visé : une sous-protection au départ, au motif qu'on pourra en ajouter plus tard, puis un surdosage à la finition parce que le vin est court.
La répartition que nous suggérerions est la suivante : la protection tôt et sans hésiter, puisqu'elle se dépense en faisant son travail ; la structure au milieu, dimensionnée par rapport à ce que la vendange donne déjà ; les saveurs en dernier et avec parcimonie, puisque c'est la partie que le dégustateur rencontre directement.
Obtenir un chiffre d'anthocyanes sans laboratoire. Une extraction sur baies foulées à pH 1 et à pH 3,2 donne le potentiel total et la fraction extractible. L'écart entre les deux en dit plus sur le comportement futur de la couleur que chacun de ces chiffres pris isolément. Cela prend vingt minutes à la réception et c'est la mesure que nous encouragerions le plus à ajouter.
Pourquoi un Brix élevé change l'objectif plus que la dose. L'alcool est un solvant, et à 15 % le vin extrait un tanin de pépins qui serait resté dans le raisin à 13 %. Le pH plus élevé qui l'accompagne habituellement rend en outre la couleur moins stable. Le travail tend donc à devenir protecteur et orienté couleur plutôt que structurel, et le vin a souvent besoin de tension à la finition plutôt que de volume : des chauffes plus fortes, #14 et #15 sur chêne français ou #23 et #24 sur chêne américain, avec Fruitissimo sur les rouges ou Minéralité sur les blancs.
Pourquoi la maturité phénolique est un jugement de dégustation. La couleur et le croquant des pépins, un tanin de pellicule qui se dissout au lieu d'accrocher. Aucun instrument ne remplace un tour des cuves avec une poignée de baies. Sur vendange verte, le budget bascule presque entièrement vers la finition : Pure Grape Seed pour le milieu de bouche, Amplitude sur les rouges ou Rondeur sur les blancs, et des chauffes plus légères, #12 et #13.
Le point sur l'azote assimilable, parce qu'il se lit facilement de travers. Un azote assimilable faible donne des fermentations languissantes et du H2S. Un tanin n'y aide ni n'y nuit beaucoup, au-delà de la fixation d'une partie des acides gras à chaîne moyenne qui inhibent les levures en fin de fermentation. Ce n'est pas une raison de réduire la nutrition.
Et là où nos outils peuvent aider plutôt que décider. Une fois que le vin existe, les chiffres de la vendange cessent de commander. Notre outil d'aide à la décision travaille à partir du pH, de l'alcool, du SO2, de la température et de l'objectif d'élevage propres au vin. L'outil d'aide à la décision par goutte transforme un seul essai au verre en une dose déclinée en tanin liquide, poudre, copeaux et douelles, avec le temps d'intégration pour chacun. Tous deux donnent des propositions, pas des verdicts, et ils sont faits pour être ajustés avec votre propre œnologue.